Le Monde de la Photo #4

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Le Monde de la Photo #4

Si vous suivez mon travail vous serez ravis de découvrir l’envers du décor alors je vous propose de découvrir tous les mois l’un de mes articles écrit pour Le Monde de la Photo.

En suspension

Le Monde de la Photo

Festival des Trans’Ubaines in Clermont-Ferrand / © GR

Photographe reporter, je construis mes images en synergie avec l’instant présent. Ce cliché a été réalisé pendant un festival de danse contemporaine : les Trans’Urbaine à Clermont-Ferrand.  

 

EXIFS

Canon EOS 5D Mark III
Canon EF 24-70mm f/2.8 L USM à 70mm
1/160s
f2,8
4000 Iso

Festival des Trans’Urbaines

 

Communiquer

Ici, le rôle du photographe accompagnant son client prend tout son sens : un festival comme tout autre événement a besoin de communiquer. Pourquoi ? Comment ? Lorsque j’ai rencontré Josiane Bardot, par l’intermédiaire de son régisseur principal, j’ai tout de suite voulu aider à rationaliser la communication. Il n’y avait pour ainsi dire pas de ligne de conduite claire. Nous sommes dans le milieu artistique et culturel que j’adore, pourtant, une image sans rien autour, cela ne suffit pas. Nous avions alors décidé ensemble d’investir dans une vraie prestation photo. Pour un rendu sans délai, pour un accompagnement et parce que mes images faisaient transparaitre une certaine émotion de l’instant présent.

 

Sur le vif !

Réaliser des images pour des spectacles se fait généralement lors des filages. Ainsi, il n’y a pas ou peu de spectateurs, il est possible de modifier un peu l’éclairage, il est même possible de refaire des scènes ou des mouvements jusqu’à obtenir la bonne image. Pourtant, comme souvent, je préfère sortir de ce confort et simplement figer un instant présent. J’ai l’impression que l’énergie qui se dégage participe aussi à la réussite de la photo. Pourtant, comme toujours, la discrétion est de mise pour ne pas perturber l’attention du spectateur par des allées et venues, des bruits de déclenchement ou du flash. Je commence par passer dans les loges, je salue simplement les artistes et selon l’ambiance je fais quelques clichés « backstage ». Puis, je me rends dans la salle, petits sourires complices aux techniciens que je croise, tous ces gens de l’ombre qui font pourtant partie intégrante de chaque spectacle. Je fais le tour de la salle, regarde les éclairages en place et monte à la régie pour croiser « l’ingé lumière ». Nous n’échangeons que très peu : « Peux-tu me mettre le plan lumière le plus puissant ? »  « Il arrive à quel moment du spectacle ? » « Super chouette ! Merci bon courage ! » Puis je vais prendre une place, je n’en bougerais certainement pas, alors c’est presque la loterie !

 

La photo

Je ne connais pas le spectacle, j’ai décidé de m’installer tout près de la scène car il y a très peu de lumière et il y a quatre danseurs, je n’aurai donc pas de plan très large à faire. Je me rends compte que les danseurs sont très aériens. La faible luminosité et les mouvements rapides empêchent l’AF de faire efficacement son travail. Je le laisse pourtant activé et programme une touche AF-Off. Ainsi, lorsqu’il spot un point je le bloque. Je ne monte pas excessivement en iso, le fond reste bien noir et je n’ai pas trop de bruit. J’ai finalement un très bon angle de vue qui me permet de balayer la scène au 24-70mm. Je conserve une vitesse relativement lente qui me donne cet aspect vivant et énergique. Il me faut tout de même prendre beaucoup d’images pour espérer avoir une image qui me « parle » de ses deux danseurs qui évoluent beaucoup ensemble sur scène, un peu comme deux frères. Peut-être le sont-ils d’ailleurs ! Même si j’avais des images bien plus nettes, je décide de conserver celle-ci qui, à mon sens, révèle la synergie entre ces deux hommes, avec comme une symétrie. Le contraste entre la netteté du sol d’un décor figé et les danseurs accentue l’incroyable énergie qu’ils dégagent. Le lendemain matin, cette image sera le reflet d’un spectacle qui a fait salle comble.